ALERTE À L’ANTIMOINE EMBOUTEILLÉ : NESTLE, DANONE ET NEPTUNE SUR LA SELLETTE
Le 23 mai 2006 un communiqué (1) du Centre National d’Information Indépendant sur les Déchets (www.cniid.org) de Agir pour l’Environnement (www.agirpourlenvironnement.org) nous apprenait les résultats d’une étude allemande surprenante montrant que, comparée à l’eau du robinet, l’eau embouteillée contient de 95 à 165 fois plus d’antimoine. (2) Puisque le patronat romain avait du plomb dans l’aile à cause du sapa (3), cette découverte pourrait-elle sonner le glas d’autres empires ? Un tel pavé lancé dans la mare des trois grands du marché de l’or bleu n’est pas resté inaperçu. Certes ils ont fait mine d’ignorer ces travaux scientifiques analysant 48 sources européennes dont 9 eaux minérales françaises. Surtout en période de canicule, quand les ventes explosent. Aujourd’hui ces sociétés multinationales n’hésitent pas à rassurer le public en se repliant sur les normes de complaisance et invitant leur clientèle d’en faire autant.
Or au lieu de pratiquer la politique d’autruche, il convient de se rappeler que la toxicité de cet élément chimique est comparable à celle de l’arsenic. Même à court terme il provoque à faibles doses des maux de tête et de multiples vertiges. Non seulement on le soupçonne d’être à l’origine de l’empoisonnement de Mozart, les conséquences d’une exposition chronique à faible dose à long terme ne sont pas connues. Or si l’on sort du cloisonnement de l’esprit imposé par la culture marchande et considère pour un instant la probabilité des effets en cascade - effets additifs, antagonistes, synergisants et irréversibles , on ne peut que regretter la fatuité de ceux et celles qui font confiance aux industriels qui, eux, rusent surtout en s’efforçant de légitimer subjectivement la qualité de l’eau embouteillée pour de simples raisons commerciales.
Alors que cette eau embouteillée ne semble pas répondre à toutes les garanties de salubrité escomptées, (4)Agir pour l’Environnement et le CNIID s’étonnent du mutisme du ministère de la Santé et de l’absence totale des réactions de la part de Nestlé, Danone et Neptune. Cela relève-t-il de la malhonnêteté intellectuelle, d’une science factice et corrompue ou de la décadence ? Quand on songe au sort de Rome Impérial l’histoire a l’air de se répéter.
Selon toute vraisemblance le recours à la bouteille en polyéthylène (PET) jetable est responsable de la contamination, l’antimoine y étant utilisé comme catalyseur. Pire, la durée de conservation dans un contenant en PET accroît la teneur du poison dans l’eau. Mais en plus cet élément à multi-usages industriels figure dans le fractionnement de dix-neuf métaux toxiques détectés dans les rejets des Usines d’Incinération des Ordures ménagères (UIOM), c’est-à-dire aussi bien dans les REFIOM que dans les effluents et mâchefers de traitement des laveurs.
Faute d’une utilisation des bouteilles en consigne et d’un recyclage optimal des dérivés plastiques en provenance d’une source de matière première non renouvelable, l’incinération et la mise en décharge des emballages, comme déchets, provoquent entre autre ce gâchis obscène de plus de trois milliards et demi de bouteilles en polyéthylène chaque année.
La pollution commence à inquiéter des scientifiques. D’abord sur le plan environnemental. Car au même titre que le plomb, le cadmium, le mercure et l’arsenic, la présence croissante de l’antimoine a été observée depuis trois décennies dans le milieu naturel et tout particulièrement dans l’eau et les glaces terrestres. Puis il y a les impacts sur la santé publique. Or ce sont les populations les plus vulnérables qui sont menacées notamment les personnes âgées et les enfants en bas âge. Ainsi, en espérant utiliser une eau de qualité supérieure, les parents recourent à ce produit de luxe de grande consommation pour remplir les biberons. Or non seulement l’eau en bouteille coûte plus cher que le jus d’orange frais ou le lait bio. Ce sont les nourrissons les plus touchés par cette nuisance. Parce qu’ils concentreraient la nocivité trois ou quatre fois plus que les adultes en raison de leur moindre poids et de l’activité de leur processus métabolique.
En l’absence des détails d’un commerce tellement inéquitable en France, voici les données concernant le Royaume Uni (5) où 1,7 milliards de litres d’eau en bouteille furent commercialisés en 2005 avec 200 entreprises partageant un créneau qui vaut normalement £1,9 millards et qui en période de grandes chaleurs affichait une croissance de 80%. En 2005 le chiffre d’affaires de Danone et Nestlé (6) y fut de l’ordre de £300 millions. Selon Richard Lamming de la très British Soft Drinks Association, pour chaque degré au dessus de 14°C sur le thermomètre les ventes augmentent par 5,2% et à partir de 28°C elles doublent. La marque la plus chère, Fiji, coûte £1,95, par litre, et voyage par avion de la Mélanésie jusqu’aux lèvres de ses adeptes en Hollywood et celles d’une clientèle fréquentant un magasin de luxe, Selfridges, à Londres. Faut-il attendre que le kérosène coûte plus que l’eau pour que cette folie polluante s’arrête ?
(1) De l’antimoine dans l’eau : un «pet» de travers ?» (q.v.) Pour la recherche de l’Institut de Géochimie à l’Université Heidelberg publiée dans le Journal of Environmental Monitoring. cf. Royal Society of Chemistry : www.rsc.org.
(2) Antimoine : N° atomique 51, masse 121.76, fondant vers 630,7°C. D’un blanc bleuâtre et cassant, ce corps simple, dont la densité est de 6,7 environ, se rapproche chimiquement de l’arsenic dans la table périodique des éléments. Intermédiaire entre les métaux et les métalloïdes et souvent associé au plomb, il sert à durcir les alliages. Du nom de l’alchimiste Basil Valentin, son oxyde naturel (Sb203) sous forme de minerai s’appelle la valentinite et, avec du molybdène, peut s’ajouter au PVC pour rendre ce polymère moins inflammable et encore plus polluant. La stibine ou sulfure naturel de l’antimoine(Sb2S3) est le principal minerai. Le radical hydrogéné (SbH3) est un gaz toxique. L’antimoine peut être incorporé aux plaques de batteries, métaux typographiques et, sous forme d’oxydes et de sulfures, aux peintures. Utilisé pour décolorer le verre et les céramiques, mauvais conducteur électrique, il entre dans la fabrication des semi-conducteurs. Réfractaire à la chaleur, les industriels exploitent ses propriétés ignifuges pour fabriquer du papier et des textiles apyres, les plaquettes de frein et des munitions. Le khôl, fard noirâtre, provenant de la carbonisation de substances grasses, contient-il de la stibine ?
(3) Sapa : l’un des premiers édulcorants artificiels et conservateurs découvert par les viticulteurs grecs. Leurs vins furent réputés à la fois pour leur goût et leur capacité à provoquer les fausses couches. Les analyses ont révélé que ce composé renfermait du plomb à des taux de 1 000 ppm (parties par million) soit 0,1%. L’explication se trouve dans la fabrication de sapa, dont les cuisiniers de l’Empire Romain étaient excessivement friands. Comme témoignent leurs livres de cuisine dont celui d’Apicius, le best-seller d’un gourmand célèbre, où il figure dans 85 recettes. En effet le vin contient des acides organiques naturelles, notamment les acides citrique et tartrique. Sous l’action des spores de la bactérie Acétobacter, le vin se transforme en vinaigre ou acide acétique. Au lieu de le gaspiller, les Romains s’en servaient pour faire de sapa, qu’ils préparaient dans les plats en plomb. Le résultat était le sel de l’acide acétique ou l’acétate de plomb, ces beaux cristaux blancs, à la saveur très douce et qui conservaient le vin en tuant les microbes. L’inconvénient fut les effets secondaires liés à la consommation de sapa, reconnu aujourd’hui comme les symptômes du saturnisme : constipation, douleurs à l’estomac, coliques, maux de tête, faiblesse musculaire, anémie et fausses couches. Les prostituées romaines en consommaient en quantités pures pour se procurer leurs avortements gratis et la pâleur requise pour séduire les clients. Il s’avère que l’infertilité de la classe dirigeante de Rome Impérial est imputable à cet engouement pour le sapa. Or même au 19ème siècle certains négociants en vins mettaient de la grenaille de plomb dans le porto pour le conserver.
(4) En mars 2000 une enquête du magazine Que Choisir ? N°369 a mis en évidence la présence d’atrazine et d’un de ces métabolites dans les eaux embouteillées Cristalline source Lucheux (80), Pierval (27), Volvic source Clairvic (63) et Badoit (42). Les concentrations détectées étaient faibles certes. En revanche la découverte a montré les différences entre les contrôles strictes pour l’eau de robinet et ceux moins contraignants pour l’eau embouteillée.
(5) Source: Jonathan Owen Independent on Sunday, Londres, 23 juillet 2006
(6) Nestlé grandes marques : Vittel, Contrex, Perrier, San Pellegrino, Hépar, Quézac, Valvert, Nestlé Aquarel, eaux régionales : Abatilles (Gironde), Plancoët (Finistère), Carola (Alsace), Saint Lambert (Ile-de-France)…
Danone grandes marques : Volvic, Evian, Badoit, Arve, Ferrarelle, Mont Roucous, Mont Dor, Salvittat, Taillefine…
Neptune grandes marques : Vichy, Saint Yorre, Crystalline, Thonon, Vichy Celestin, Courmayeur, Vernière…
© 2006 ONCLE PAUL REPRODUCTION LIBRE EN CITANT LA SOURCE
NOTES FOR REFERENCE
Antimony/Stibium : Brittle, flakey, brown-white/grey, amorphous. Poor conductor,
Stibnite : native antimony trisulphide (Sb2S3)
Antimony trioxide(Sb203) : found in the ore valentinite, or made by burning antimony in air, used to decolourise glass and flameproof textiles, paper and plastics, especially PVC.
Stibine (français) Sb2S3
Stibine (anglais ) antimony hydride = a poisonous gas (SbH3) composé radical toxique.
Stibialism : antimony poisoning
Stibial (adj)
Kohl = fine powder of native stibnite, formerly known as antimony, black in colour, used orig. in the East to shade the area around the eyes [Ar koh’l.]
Khôl = fard noirâtre ou de couleur sombre, provenant de la carbonisation de substances graisses, et dont les Orientaux, les indigènes d’Afrique du Nord, frottent leurs sourcils, cils et paupières [Kool, 1717 ; arabe Kohl. V. Alcool]
